De Montréal à la vallée d’Okanagan

Cet été, en août, Guillaume et moi avons voyagé au Canada. En pandémie, on a voyagé. Bon. On n’a enfreint aucune règle, mais c’est bizarre, je sais. Et vu que l’heure n’est pas franchement à la planification de quoi que ce soit, je suis allée fouiller dans les photos d’il y a deux mois pour penser à autre chose. J’espère que ça vous fera des vacances de pensées nazes, de penser à des vacances.

Mi-août, on part de Montréal pour rejoindre Vancouver, première étape de ce séjour. Un excellent vol combinant premier jour de règles + pandémie + oubli que chez Apple il n’y a pas de prise jack et pas d’écran sur les vols internes de westjet. Mesurant ces paramètres à l’aune de : j’ai quand même une chance de maboule d’aller road-tripper dans l’ouest canadien, ce vol est, dans son ensemble, passé comme un charme. A l’exception notoire du moment angoissant où la dame devant a projeté le contenu de sa bouteille (dans laquelle elle avait bu) sur mes genoux, mon front et mes bras. Sans s’excuser. Des millions de gouttes de covid potentielles, ark.

Vancouver fut rapide et feutré, sous la pluie, un peu paranoïaque. Poussant toujours le vice du français qui s’acoquine avec son semblable, nous avons passé de doux moments avec nos amis de Montréal. À Vancouver.
On notera : la visite de la Vancouver Art Gallery. Outre l’œuvre d’Emily Carr et une installation vidéosonore d’une cantatrice explorant les variations de taux du cours du molybdène, le clou se tint dans les insta-poses de deux jeunes vancouvérois, ne négligeant aucun recoin du musée. Observant toutes les œuvres par le prisme de leur lentille d’iPhone, ils tinrent compagnie aux statues plastiques de baleines géantes en s’arc-boutant partout. A ce stade, je doute que ce ne fut pas une performance artistique immersive à laquelle nous prenions part malgré nous.

Le but véritable de ce voyage ayant été de sillonner les routes et de tâter de la nature, on s’est donné un avant-goût avec Stanley Park, dans Vancouver-même :

dans Stanley Park

[Je fais fi du bon usage, et pour la suite, je passe au présent.]

Nous voici donc, tout frais masqués à l’agence de location de voitures. On avait réservé un petit modèle standard, et par un prompt renfort, nous nous voyons offrir une catégorie supérieure (AKA gros SUV pollueur, par pénurie de petit modèle standard). Les routes et les parcs étant ce qu’ils sont – rocailleux et troués – c’est assez heureux.
C’est donc sous une pluie classique de Colombie-Britannique que nous prenons la route. Bye aux buildings et aux ponts, bientôt, on ne capte plus que la radio par satellite.

Temps de cul et sapins mouillés, c’est un bien faible résumé. 

prochain stop, Twin Peaks ?

On s’arrête sur la route pour manger des sushis dans un village avec vue sur de plus en plus de montagnes, et toujours autant de brume. C’est curieusement bon pour un endroit aussi loin d’un marché aux poissons.
La route reprend, et la végétation se raréfie. On arrive au premier point de ce road-trip, le seul et unique désert Canadien, Osoyoos.


OSOYOOS 

Le point le plus chaud n’est pas forcément le plus hot.”

Tout proche de la frontière avec les Etats-Unis et marquant le tout début de la vallée d’Okanagan, Osoyoos est effectivement le point chaud canadien. Mais si les alentours du lac et les vignes encaissées dans les montagnes donnent des torticolis, ce n’est pas le cas pour la ville elle-même. Banale, au mieux, voire un tantinet boring, ce sont les sentiers hors de la ville qui valent le coup. 

On a décidé de loger exclusivement en hôtel, avec contact minimal avec tout être humain, et contact maximal avec des vues dingos. Nous voici, les yeux brillants, au milieu des vignes, avec vue sur les montagnes et le lac Osoyoos, prêts à vivre une expérience exceptionnels, mais ce fut à l’image même de notre repas constitué de parts de pizza froide et rosé au sucre. Un motel déguisé en chambre stylée. quitte à motel-iser, j’aurais aimé avoir l’expérience complète avec deux lits géants, une machine à glace qui couine derrière la porte et surtout, surtout, une facture bien moins salée. Rendez-nous Schitt’s Creek.
Heureusement, les alentours se suffisent à eux-mêmes, et la déconvenue hôtelière est bien vite oubliée.

Le lendemain, on parcourt les vignes du coin. Bien que le vin local ne trouve pas grâce à nos yeux – la cuvée 2018 a un goût de chipo à cause des feux de l’époque qui ont imprégné les vignes, gageons que la cuvée 2020 viendra directement avec la sauce BBQ – on est heureux de goûter la production dans un tel cadre. Et si vous avez l’occasion de vous rendre dans la vallée d’Okanagan, arrêtez-vous au moins aux divers stands de fruits. Des pêches à taille de ballons de basket qui goûtent le ciel et des prunes sucrées comme une journée à Disneyland.

la petite chapelle cachée du vignoble… Hidden Chapel.

Les portières de la voiture remplies de fruits et de plans de parcs nationaux, on marque un dernier arrêt au marché artisanal d’Osoyoos. Masque sur le nez et la bouche, lunettes de soleil et casquette vissée sur le crâne, on se fournit incognito en gros scones absolument divins sur un stand qui ne paye pas de mine. La vendeuse effectue une petite sortie de piste genrée, pariant sur mônsieur pour être amateur de bourbon, et sur mâdâme pour se pourlécher les babines avec de la confiture toute douce. Je lui pardonne : ses scones cheddar jalapeno et bourbon noix de pécan nous auraient presque fait faire demi tour 200 km plus loin, dégustés trop tard, avec le regret éternel de ne pas en avoir pris une quinzaine.  

encore une vue dégueulasse

Sur ces réserves de gras, on prend la route vers le nord, remontant la vallée d’Osoyoos. A Naramata, on oublie de prendre des photos (au-dessus c’est sur la route, pas à Naramata même) tellement les saules pleureurs, le lac entouré de montagnes et la route qui serpente dans les vignes nous ont attiré dans une torpeur merveilleuse, de sieste sous les branches et de brasses distanciées.

KELOWNA / LAKE COUNTRY

Comme la proximité et les foules ne sont pas le thème des vacances 2020, on s’enfonce encore un peu plus dans la campagne de Colombie-Britannique. Et ne voir personne mais dans un cadre merveilleux, c’est une situation dont on profite allègrement. Vignes, lac, halloumi grillé au barbecue, conscients de ce privilège incroyable.
Le lendemain, direction Myra Canyon pour faire du vélo, 24km aller/retour sur une ancienne voie de chemin de fer à flanc de falaise. Des serpents à sonnettes planqués, une odeur de pin persistante, de la poussière et des cailloux qui crissent sous les roues, des tunnels dynamités sous la roche, on a l’impression de devoir livrer un malfrat au Sheriff du comté. On ne voyage pas à dos de cheval et la diligence reste en sécurité, au siècle dernier.

En fin d’après-midi, on embarque des chaises de camping et des livres, on s’installe au bord du lac en contrebas du bnb, sur la plage de galets.

Demain déjà, ce sera la fin du séjour dans la vallée. On retiendra le fond de l’air grillé, les vergers à perte de vue, le vin pas assez cheap pour son goût chiotte (bon, pas toujours, Hidden Chapel c’était pas mal), les saules qui se balancent comme s’ils étaient blasés du paysage, le lac, beau partout. Pas d’amertume à l’idée de laisser la vallée derrière, la partie qui nous emballe le plus est à venir : les rocheuses canadiennes, la promesse des sentiers de montagne, des grizzlys et des matins roses et froids.

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