3 ans de québec

Il y a trois ans, je suis venue m’installer au Québec. Pas pour cause de fantasme d’une vie aux amériques, pas dans le but de fuir un Paris violent, pas parce que je savourais d’avance une retraite spiritualo-bûcheronne au bord d’un des 90.000 lacs du Québec, mais parce que la vie.
J’ai obtenu le sésame auquel beaucoup de français aspirent : un permis de travail pour m’assurer un établissement provisoire dans la belle province, au nez et à la barbe de ceux qui suent pour une loterie impartiale (?). 

Je n’aimais pas l’hiver, le froid, la neige, les sports d’hiver, la goutte au nez, le fromage fondu, le fromage TOUT COURT et les chaussettes humides : pas partie pour gagner.

Après un premier hiver où j’ai découvert ce qu’était pour vrai une crise d’angoisse, un deuxième passé à compter les semaines grises et un dernier post-déménagement pré-pandémie, j’ai pourtant appris à aimer ça. [on en reparle l’hiver prochain..] Montréal c’est bien plus que l’hiver, plus que les écureuils du parc d’à-côté, plus que le Vieux-Port ou le Plateau-Mont-Royal (où j’habite, bon.), et le mieux pour le voir c’est de s’y rendre. Si, pour cause de monde en vrac ou toute autre raison vous ne pouvez pas rendre visite à vos ami.e.s habitant au Québec, voici quelques informations à glaner afin de ne pas provoquer d’impair lors d’une conversation téléphonique.


Apprendre le décalage horaire.


Auparavant dans une relation à distance Paris/New-York (mutée en rapprochement intra-montréalais), j’ai appris en très peu de temps à faire la gymnastique horaire pour savoir dans quel moment de la journée se situait mon cher et tendre. Quand je lui vomissais, textuellement, des déclarations éthyliques, il pouvait se distraire de son après-midi de travail en regrettant son investissement émotionnel. Lorsque, les yeux collés par le sommeil et quelques croûtes non délogées j’effectuais la chauffe du scanner à 6h57 un dimanche matin, je pouvais bénéficier du récit émouvant d’un beer pong amenant à une consommation de téquila sur un rooftop insalubre et-que-c’est-super-tu-aimerais-tellement-être-là. Et malgré l’alcool distillé dans nos capillaires respectifs, nous étions constamment conscients de l’heure qu’il était pour l’autre (plus ou moins 6 heures ce n’est pas SI compliqué, vraiment). C’est pourquoi, cher.e.s ami.e.s, chère famille, s’il-vous-plaît, maintenant que nous sommes installés depuis TROIS ANS, affranchissez-vous de la question “et il est quelle heure chez vous?” et faites donc cette mini-gym, ce calcul mental riquicouille : nous pourrons alors y voir un signe de respect, ou simplement la preuve que vous avez conscience que nous ne vivons pas sur un nuage coquin oscillant entre quatorze fuseaux horaires.

L’accent

“Ah ça va, tu n’as pas pris l’accent.”
Bon. Cette phrase ne va pas.
Derrière il y a : cet accent est risible. La logique sous-tendant cette information est donc que l’expression orale d’une langue par les habitants d’un territoire devrait répondre à une modulation unique, et de préférence, régionparisianocentrée (voire, Tours, mais bon). On est en droit d’être surpris, les première fois, d’entendre la langue que nous avons toujours parlée prononcée d’une façon différente, et donc de trouver ça intrigant. Pourquoi pas. Cela dit, la première fois que vous avez été exposé.e à un accent québécois ne remonte sans doute pas au mois dernier ; la surprise passée, vous pouvez donc retourner à l’information principale : constater que ça existe, que cela fait partie de l’identité de la personne qui parle. Ou alors transposer ces railleries permanentes sur Jean-Luc ParisQuinze, qui en aurait sans doute ras le béret et la baguette de pain au bout du huitième commentaire hilare de la journée. Comme pour tout type de harcèlement en général, on trouve ça de moins en moins chillax quand ça se répète.
Il y a aussi ce petit “ça va, TOI, tu ne l’as pas pris”.
Outre quelques forceurs ça et là qui signent pour la mission de devenir plus royaliste que le roi en aspirant expressions et inflexions, on ne fait pas exprès de “choper” un accent. La plupart du temps, ça signe juste une certaine intégration au pays, et puis ça dépend tout simplement de la sensibilité de chacun. Je me souviendrai de cet argument lorsqu’il s’agira de pardonner à un membre de ma famille qui ne fait vraiment pas exprès d’adopter de manière excessivement gênante l’accent de son interlocuteur. Des années de fusion sur chaise au restaurant chinois.

“Ça va tu n’as pas pris l’accent”. Ce que cette phrase met en lumière est source de questionnement plus profond : je devrais donc avant tout rester française jusque dans la modulation de ma voix, la transformation serait à ce point inquiétante ? Je ne suis pas sûre que je serais moins française si mes inflexions vocales étaient québécoises.
Je crois à l’entre-deux, une culture mutante de l’expat, avec une aisance accrue proportionnelle à la mise en périphérie des cultures d’origine et celles d’adoption. Plus couramment appelée chez moi : mi-cuit.


La météo


Ce qu’il y a à comprendre, c’est qu’il n’y a rien à comprendre. Les écarts de température sont démesurés, les saisons sont extrêmes, tant en durée qu’en intensité, et le ciel bleu de janvier aussi menteur qu’un “vingt-quatre degrés” lu sans humidex au mois de juillet.
D’une semaine à l’autre, on peut s’enfoncer dans des flaques de boue ou chercher le salut dans une crème molle à l’ombre d’un feuillu du parc Laurier. On peut faire crisser nos bottes à la surface d’un lac gelé ou découvrir les premiers détritus de la fonte des neiges. On peut jurer qu’on n’achètera jamais de climatiseur, ce destructeur de l’environnement, puis vendre un bout de son propre foie pour un peu de fraîcheur.
Alors autant ne pas savoir quelle heure il est à Montréal depuis un canapé parisien m’ennuie, autant se questionner sur l’ensoleillement actuel me semble légitime. « Quel temps fait-il chez toi ? » « Tempête de neige avec une chance de coup de soleil ».


C’est tout pour aujourd’hui! Pour info, temps actuel : sueur sous les aisselles. La bise à vos gens loin !

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