« et ça te manque, Paris ? »

7:23, je me pète à moitié la tronche dans les escaliers recouverts de givre. Les maisons clignotent déjà, tout d’esprit de Noël parées. Trois pas dans la neige fraîche, le casque audio en guise de <strike> bonnet </strike> tuque,  avec au fond des oreilles Spotify qui me rappelle que j’ai passé 70% de mon temps à perfectionner ma connaissance de Djadja.
Je trouve normales les voitures qui chauffent toutes seules sans conducteur à bord, allumées à distance par des gens prévoyants – bien que moyennement écolos. Normal aussi de dire « allô » pour saluer, de passer la carte Opus dans le bus dans lequel je suis entrée en faisant la queue, de faire mon épicerie et de dîner à midi et demie.
Comme le ménage du dimanche amène l’entropie du lundi, la routine se fraye une route, une avenue même, à tout bout du monde où l’on a envie de faire naître des habitudes.

Il est doux de vivre en ayant les moyens sur le plateau Mont-Royal, doux de se payer le luxe de venir en même pas touriste dans cette ville pas très violente. Il est plus facile de l’apprécier et de ne pas faire partie du clan des désappointés, venus ici chercher un exil en lieu supposément parfait, plus facile car on n’en attendait rien d’autre que d’y vivre. Ca, c’est tout bon, le mec du dépanneur connaît ma bière préférée, je sais qui est le couple gagnant d’Occupation Double et j’ai même appris ICI à aimer le fromage. Pardon à tous mes amis qui ont essayé auparavant, il faut croire que je n’étais pas prête.

Alors on est bien, à se fondre, à apprécier, à faire de la brique d’ici un habitat complice. A gérer le manque de la famille et des amis à coups de nouvelles lancées par l’espace au-delà de l’Atlantique. Et puis sans prévenir, alors que je me fais un bain de bouche au Negroni dans un speakeasy Montréalais, v’là que la playlist du lieu s’embarque sur du Aznavour. Encore tiède, c’est vache. Il est là, hyper vivant dans le haut-parleur, celui que je n’ai vraiment écouté que d’une oreille distraite comme on se fout d’un paysage, et que je n’écoute pas plus aujourd’hui. Empilant les mots qui riment avec le bitume de Paris et les boulevards de lumière jaune, qui sentent les arrêts de métro loupés à cause du vin.
Ca donne envie d’y être, d’en être, malgré tout le cafard qui se projette sur la faïence blanche des lignes bondées, malgré le bordel de ceux qui portent des vestes et de ceux qui leur préfèrent les gilets. J’ai hâte de passer la tête en janvier pour qu’on se moque de mes nouvelles expressions adoptées sans faire exprès, parce que Paris ça manque pas tout le temps, c’est juste que parfois ça crie à quel point rien n’y ressemble.

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