Le temps des festivaliers

Il fait beau, chaud (très) à Montréal, et la vie dans les rues est animée comme jaja. Si comme moi vous aimez vadrouiller en festoche, payer des pintes de flotte goût bière et mater la foule, vous reconnaîtrez sans aucun doute certains de ces specimen.

Aujourd’hui, des dessins sur papier et sans scanner, déso pour la qualité différente !

  1. Le mec en onesie licorne

Il est rentré au festival avec un sac Eastpak datant de ses années collège (donc barbouillé de dessins de lapin, de « S » de Superman et de dessins suggestifs). A l’intérieur de ce sac, pléthaure de pom’potes – seuls les vrais savent, quelques chewing-gums qui ont fondu-séché-fondu et une paire de lunettes de soleil de la taille du sac à dos. Il n’est pas vraiment venu pour la musique, mais plutôt pour l’ambiance. Il compte bien chauffer la foule en lançant des « popolopopopo » et en levant les bras très haut pour que tout le monde voie à quel point son déguisement de pyjama licorne est cool et prouve son sens de la fête. Un bon copain assurément, enfin jusqu’à ce qu’il finisse en PLS devant PNL, les yeux vitreux reflétant les lumières bleutées de la scène, le vomi au bord des lèvres et le pyjama qui bouloche. Trop de pom’potes.

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2. Les enfants (et Nadège)

Bon, façon de parler. Ils ont quinze ans, se déplacent en bande. Les filles ont toutes des dessins et des paillettes autour des yeux, un mini short en jean ; les garçons un débardeur et une casquette ironique. A deux mètres derrière, la mère de Lou-Amélie, qui est là pour « surveiller ». Comme elle est fichtrement cool, elle est plutôt là pour se rappeler à elle-même à quel point les festoches étaient plus sauvages à la fin des années 80 ; et tire même sur le joint confectionné par Dimitri, le plus foufou de toute la classe 2nde de sa fille.

3. L’ange de la hype

On ne sait pas trop comment elle tient dans la mi-gadoue, perchée sur ses sandales à talons. On ne l’entend pas parler, c’est un ange, ses cheveux flottent dans une brume parfumée, sa peau dorée s’accorde divinement avec sa robe ample. Entend t-elle la musique ? Oui, elle semble rire sans aucun son et même balancer son bassin en rythme, de toute façon pas besoin de bruit, elle fait ses stories instagram en boomerang. Cette gravure de mode mi-déesse, mi-Joplin du XIXème (siècle ? arrondissement ?) sirote sa bière fraîche aux agrumes avant de disparaître dans un nuage de cool (probablement backstage). Pendant ce temps-là on regarde nos vans crottées en se demandant où notre vie a subitement basculé.

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4. Le BRETON

On n’ira pas jusqu’à dire qu’on sent un vent de chouchen (à volonté) ni les binious précéder son arrivée. Comme un menhir dans une clairière, aussi évident qu’une bolée de cidre brut avec une galette saucisse, le breton est dans la foule. Au milieu de la celle-ci, debout, il sera le premier à hisser fièrement le Gwenn-ha-Du (donc le drapeau breton) et le laisser flotter au vent. Un slow de soupe, un concert de hard-rock, de punk, de Katy Perry ou de quatuor à cordes, pas de distinction. Gâchant la fête pour 10 mètres de personnes derrière lui, la fierté bretonne sera toutefois plus importante à ses yeux. Après « Où est Charlie », toi aussi, joue à « Où est Erwan ».

5. Celui qui est prêt

C’est pas son premier festoche, il a de la bouteille (et pas de la Kro dégueulasse, non, il va au stand des microbrasseries) et tout le crie dans son attitude. Avant le festival, il a soigneusement étudié la programmation et recoupé les noms avec ceux de sa revue spécialisée (qui paraît tous les mois chez quelques disquaires pointus du 11ème). Il sait où il va, négligeant les têtes d’affiche mainstream pour la scène « émergence ». Sa tenue, simple et efficace, est agrémentée d’un t-shirt de groupe de rock au design obscur lui accordant des hochements approbateurs de la miscrosphère des connaisseurs éparpillés sur le terrain du festival. Même sa consommation de pintes est calculée : quarante minutes avant la fin du concert, afin de la jouer pipi stratégique.

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6. Les darons

Ils se tiennent loin, très loin de la scène. Ils ont des sièges de camping et une glacière. Ils sont venus en bande mater le retour de leur groupe favori des années 90 – groupe contenant probablement Dave Grohl. Ils sont sympas et entament toutes leurs phrases par « A l’époque », ce qui leur donne le charme suranné des livres qui ont une odeur de livre.

7. Celui qui cherche une place

« Place, place, cherche place. »

Allez, bonne semaine, et surtout, bon festival !