« Allez, dites, vous avez l’habitude quand-même ! »

ditesmoimademoiselle

 

En tant que paramédical, manip, infirmier(e), tu as sans doute, non, forcément déjà dû faire face à cette question à mille tranchants.  En tant que patient, elle a peut-être déjà franchi vos lèvres. Et non, ce n’est pas bien. Pourquoi ?

  • Parce que non, on ne sait pas

« Vous devez savoir, vous en voyez tellement ! A longueur de journée! »

Pour plusieurs raisons. D’une part, les études de radiologue sont lôôôôôôngues comme le bras, et ce n’est pas pour faire semblant. Les études de manip, ce sont trois années au cours desquelles certes nous avons des cours de sémiopathologie, au cours desquelles on nous apprend à distinguer les signes radiologiques des diverses maladies que nous pouvons rencontrer, et heureusement ! Ces signes là, nous les interprétons à notre échelle pour améliorer l’examen quand nous le pouvons, si nous le pouvons, ou bien pour avoir les clés nécessaires pour alerter le médecin.

D’autre part, parce que chaque patient est unique (beau hein) et qu’une interprétation éclairée nécessite les antécédents et de la matière à comparer. Surtout : interpréter n’est PAS notre métier.

  • Parfois on sait quand même mais bon

Mais on n’a pas le droit, voilà.

Un patient qui se présente avec une cheville qui a la même circonférence que celle de son crâne, la fibula qui chatouille le gros orteil et qui hurle à la moindre pression sur la malléole BON on se doute d’où ça va, et lui aussi. Quand en plus la radio montre nettement un puzzle mille pièce, il est stupide de répondre à ce même patient « Ho bah non, vraiment, jsais pas si c’est cassé ! ».

Dans ce cas, on peut tout simplement répondre qu’on lui laisse tirer ses conclusions en regardant le cliché quant à au diagnostic. Le diagnostic cependant, ce n’est pas la seule interrogation.
La vraie question que se pose le patient, c’est « Et maintenant quoi ? ». Ca s’opère ? Ca se plâtre ? Ca nécessite d’arrêter le travail ? Ca veut dire que mes enfants vont devoir se gérer ?! Ca va faire mal ? Ca va être long ?

 

Ces questions là ne trouvent pas de réponse en deux secondes, entre deux portes, en deux phrases. L’annonce d’un diagnostic, ça se fait par un médecin, avec autant de temps que possible. Le médecin doit déceler les nuances, entre « si c’est grave je veux savoir », « si c’est grave je veux surtout en savoir le moins possible et que vous fassiez votre boulot », « ai-je des chances de m’en sortir ? », « je suis adepte de vérité brutale », « j’ai besoin de pincettes », « j’aime les détails », « rassurez-moi le plus possible ». Toutes ces questions d’angoisse, de déni, d’hypothèses, elles méritent une réponse qui prend ça en considération, qui prend son temps, une réponse experte.

Ce serait un peu comme de dire au comptable de la boîte en bâtiment « Bon, t’es dans le business depuis un ptit bout de temps maintenant, tu peux m’dire… La charpente, c’est mieux en alu hein ? ». Bah peut-être qu’il a une idée le comptable, mais c’est la sienne, c’est juste pour lui, ça le regarde, parce qu’il a fait refaire son toit aussi, mais c’est SON toit. Peut-être qu’il n’en a aucune idée, parce qu’en plus la boîte dans laquelle il est, c’est pas de la charpente. Et peut-être qu’au fond, quand tu refais ton toit, tu as envie que la personne en face de toi, elle te rassure sur le prix des travaux, sur la durée, sur la qualité des matériaux.

Chers patients, s’il-vous-plaît, ne vous vexez pas si on ne vous répond qu’un laconique « Il faudra vraiment voir ça avec le médecin ».

 

aaaaoui